L’auteur, André Van Muysewinkel, enlève aux seuls théologiens le droit d’interpréter les textes bibliques.
Le fil rouge qu’il poursuit est la notion de pureté.
Sans doute aurait-il mieux valu parler de Vision impure de Dieu plutôt que de dieu impur car il ne s'agit pas tellement de la réalité divine, mais plutôt de l'image que nous nous en faisons.
Contrairement au dieu des philosophes, celui dont témoigne Jésus dans les évangiles n’est pas l’Être suprême qui surplombe de très haut notre monde, bien à l’écart de toutes les compromissions auxquelles nul n’échappe sur la terre.
Il est, tout au contraire, l’Emmanuel, le « dieu-avec-nous ». Inextricablement mêlé à l’humanité réelle, la nôtre.
L’idée de la pureté d’un dieu qui imposerait aux humains des règles de pureté dans toutes sortes de domaines (alimentation, sexualité…) ne serait-elle que la projection d’un désir humain ?
Découvrir le dieu impur des évangiles, ne serait-ce pas entrer dans une dynamique de libération ?
Le besoin de sacré est, dit-on, une des expériences fondatrices de l’humanité. Il est là comme pour s’approprier la puissance divine. Le sacré fait partie intégrante du geste religieux. Depuis la plus haute antiquité l’humain se protège des fureurs de la nature par des rites purificateurs, des sacrifices. Le judaïsme n’a pas échappé à cette notion de pureté. Ce qui entraîne le refus du mélange. La sainteté de Dieu exige la sainteté d’Israël.
Jésus, comme d’autres prophètes, va s’opposer à ces règles : il mange avec des prostituées et des pêcheurs publics, il guérit le jour du sabbat, il touche des lépreux, ses disciples ne respectent pas les ablutions rituelles, il s’attaque au Temple, la Bonne Nouvelle n’est plus réservée au Peuple élu mais est annoncée aux païens. Le Christ, une fois pour toutes, nous libère du poids du sacré. Ce n’est plus l’humain qui doit se purifier pour rejoindre la divinité, c’est Dieu, en Jésus-Christ, qui vient revêtir notre humanité.
Aujourd’hui, le besoin de sacré fait un retour en force dans nos Églises. Pourquoi ? C’est la question à laquelle André Van Muysewinkel tente de répondre.
Il y a deux manières d’envisager la Loi de Moïse. Pour les uns, le centre de gravité se trouve dans le Lévitique : tout ce que la Torah prescrit a pour but de séparer Israël des nations païennes et de le rapprocher de Dieu. Pour les autres, c’est plutôt le Décalogue qui donne à la Loi son interprétation juste : l’essentiel est de vivre la liberté que YHWH accorde, en ayant tant avec lui qu’avec les autres humains une relation juste.
Le choix de Jésus. Jésus n’accorde plus de pertinence aux lois de pureté rituelle. Ce qui importe c’est la relation entre les humains. Il n’hésite pas à guérir le jour du sabbat, à toucher le lépreux, il mange à la table des pécheurs publics et des prostituées. Il fait scandale.
Dans l’Église catholique aujourd’hui. Les interdits qui concernent le sacerdoce proviennent, à mon avis, de la sacralisation d’un rôle qui apparaît plus comme l’héritier des fonctions sacerdotales antiques et païennes que comme un service au sein du peuple des croyants. Le souci de la pureté est revenu, lui aussi, de multiples manières.
Jésus a délivré l’humain du poids du sacré. Il l’a libéré de l’obsession de la pureté qui exclut de la vie sociale.
Je suis sévère vis-à-vis de l’autorité de l’Église ? Ce n’est pas par dépit ou par opposition. C’est parce que je l’aime : elle est ma communauté dans laquelle, avec d’autres, je peux vivre ma foi, partager la même espérance, le même amour.
Dieu n’a pas besoin de nos louanges ou de nos prières. C’est l’humain qui s’invente des rites et des liturgies qui le mettent en contact avec ce qu’il appelle « le sacré » ou « Dieu ».
Dans la logique de l’Évangile, c’est l’humain englué dans les contingences de ce monde qui est sacré. Aux yeux du dieu auquel je crois, le sacré est partout où il y a de l’humanité.